Retour sur un procès tant attendu contre Nestlé Waters
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Jusqu’ici, ni les faits de tromperie, ni les pratiques de filtrations illégales, ni encore la surexploitation des nappes phréatiques n’avaient permis de traduire l’industriel devant un tribunal. Ce procès, portant sur l’abandon massif de décharges sauvages, était donc particulièrement attendu par les parties civiles.
Rappel des faits
La société Nestlé Waters est accusée d’avoir stocké illégalement 470 000 mètres cubes de déchets à They-sous-Montfort, Saint-Ouen-lès-Parey, Contrexéville et Crainvilliers dans les Vosges, soit l’équivalent de plus de 150 piscines olympiques.
Face à ces accusations, Lorraine Nature Environnement, ainsi que plusieurs associations membres comme Vosges Nature Environnement et LOANA, se sont constituées parties civiles. Leur objectif : obtenir la condamnation du minéralier et la remise en état complète des sites à ses frais.
Un premier coup dur pour les parties civiles
Dès le premier jour du procès, le tribunal a annulé — à la demande de Nestlé — plusieurs éléments clés du dossier, notamment :
des analyses révélant une forte présence de microplastiques dans les eaux,
ainsi que certaines perquisitions.
Motif invoqué : un vice de procédure lié à un défaut de prestation de serment des intervenants. Ces éléments ont donc été expurgés de la procédure, privant les parties civiles des expertises indépendantes qui montraient des taux de microplastiques effrayants.
Nos avocats demandent alors que soit prononcé un supplément d’information afin de permettre la réalisation d’une expertise indépendante. Cette demande est écartée par le tribunal, qui non seulement fait droit aux nullités mais refuse de statuer immédiatement sur notre demande d’expertise complémentaire. Un appel a d’ores et déjà été formé à l’encontre de cette “décision avant dire droit” de nullité.
Second jour du procès, le tribunal rejette une seconde fois notre demande de supplément d’information
Les parties civiles et le tribunal devront donc se baser uniquement sur les éléments de preuve apportés par les experts rémunérés par Nestlé pour trancher et évaluer le préjudice subi par la nature.
Mercredi : l’audition de Nestlé mise à l’épreuve
Les représentants de Nestlé, soigneusement briefés par leurs avocats, prétendent que les échantillons montrant la présence de microplastiques auraient été contaminés par les microplastiques ambients, les capsules en plastique etc.
Cependant, le jour-même une note interne de Nestlé dissimulée par l’industriel, est dévoilée par le journal Médiapart. Cette note montre que l’industriel a bien conscience des risques graves de pollution liés à ces décharges. Des montants astronomiques sont même budgétés afin de faire face auxdits risques !Sur les accusations concernant l’absence d’action de Nestlé Waters dans la gestion des déchets, les représentants de Nestlé ne sont pas très loquaces et ont un discours contradictoire : ils affirment ne pas avoir eu connaissance de l’existence de ces décharges ; ils contestent toute pollution tout en assurant respecter les directives de la DREAL dans le cadre d’une dépollution en cours...
Ils poussent même le cynisme jusqu’à invoquer leur volonté de ne pas détruire la faune et la flore présentes sur les massifs de déchets.
Jeudi : des témoignages accablants
C’est ensuite au tour des témoins : nos lanceurs d’alerte parlent de l’inaction de la préfecture et de la DREAL des Vosges. Les agents de l’Office Français de la Biodiversité rappellent les points importants de cette affaire, la présence “des déchets à l'air libre, soumis aux intempéries, pas aux normes et pas équipés pour récupérer les lixiviats (jus de décharges)" (Marc Colas, inspecteur de l'environnement). Et sur l’impact de ces déchets sur notre vie : "On ne parle pas seulement d'environnement mais de santé humaine et publique. L'environnement ça n'est pas seulement les poissons et les grenouilles mais vous et moi et mes petits-enfants"
Des réquisitions contrastées
Le parquet de son côté demande la remise en état des sites ainsi que la condamnation de Nestlé à 750 000€ d’amende, soit la peine maximale encourue pour l’exploitation et la gestion de décharges illégales, mais prétend que la preuve d’une pollution n’est pas rapportée.
Nos avocats produisent alors un rapport rédigé à la demande des associations par un chercheur spécialiste des microplastiques. Cet expert montre tous les biais attachés aux analyses produites par Nestlé. Selon lui les propres analyses de Nestlé permettent en effet de conclure à une pollution parfaitement anormale des eaux causée par la présence des décharges.
Nos avocats demandent ainsi un renvoi sur intérêts civils, espérant toujours l’ouverture d’une expertise indépendante pour mesurer précisément l’ampleur du préjudice écologique.
Une fin d'audience sous tension
Lors du dernier jour, un agent de l’OCLAESP (gendarmerie nationale) rappelle la gravité des impacts potentiels de ces décharges monstrueuses sur l’environnement et la santé humaine.
Face à cela, Nestlé maintient sa position : aucune pollution, et une demande de relaxe.
Le jugement a été mis en délibéré au 27 mai 2026 à 14h.



